Dimanche 28 octobre 2012

Messe des 75 ans de Sacerdoce du Père POISSONNIER

ppissonier 

 

Interview  par Bernard Féry

 

Vous allez avoir 100 ans : quels  évènements vous ont particulièrement marqué dans votre vie ?

 

 

INTERVIEW DU PERE JACQUES POISSONNIER (15/10/2012)

 

« J’étais, je suis et je demeure un … impatient ! mais j’ai appris à savoir attendre »

Vous allez avoir 100 ans : quels évènements vous ont particulièrement marqué dans votre vie ?

« Je suis né le 12 janvier 1913. 100 ans pour moi, soit un siècle, évoque au plan humain, une série d’évènements qui ont marqué fortement ma vie, évènements d’ordre général et je dirai aussi politiques :

 la guerre de 1914-1918

 la guerre de 1939-1945

 et aussi l’évolution extraordinaire du monde au point de vue économique, politique et culturel, c’est-à-dire le franchissement de mutations qui, aux yeux de certains, mettent en cause leur condition d’homme ou tout au moins leur conscience d’homme, ceci dans leur rapport interpersonnel avec les autres et aussi dans leur conscience propre.

Les deux guerres mondiales sont hélas bien connues. Mais cette évolution du monde, en prenons-nous bien la mesure : est-ce un ébranlement ? Pour moi qui suis un chrétien et aussi un prêtre, c’est un appel à approfondir ma foi ; et à partager des convictions qui sont enracinées en moi depuis toujours.

Quel est donc cet ébranlement ? De quelles évolutions parlez-vous ? Visent-elles par exemple la mondialisation ou encore les révolutions récentes observées dans les pays avec une forte présence de l’islam ?

Ces évolutions posent le problème de leurs conséquences religieuses, notamment. Ces mutations que j’évoque nous obligent à prendre en compte très concrètement la nécessité du dialogue inter-religieux, par exemple avec l’islam, mais pas seulement. C’est-à-dire qu’il nous faut observer d’une nouvelle manière les relations entre les religions non-chrétiennes et les religions qui se réclament de Jésus-Christ.

Il est nécessaire de bien distinguer ici l’inter-religieux et l’inter-confessionnel. Le premier renvoie à toutes les religions possibles ; le deuxième aux seules religions du Christ. Le dialogue que j’appelle de mes voeux va clairement au-delà du seul inter-confessionnel et rejoint toutes les religions.

Voilà pour les aspects du côté des croyants. Mais il y a aussi les très nombreux incroyants ! Alors même que beaucoup se posent les questions : qui suis-je, où vais-je et pourquoi ? Si l’on tourne le regard vers le passé, force est d’observer que ce n’est pas nouveau. Mais, actuellement, il y a une urgence à entamer un dialogue en entrant dans un processus inter-personnel entre ceux qui se réclament de Jésus-Christ, ceux qui sont de religion non-chrétiennes et ceux qui sont incroyants. Dialogue en se posant les questions de base que je formulais, ce qui peut alors être considéré comme une chance.

Pour qui ?

Pour tous et pour chacun ! C’est ainsi que Vatican II l’envisage, en nous encourageant à entreprendre cette entrée en dialogue. L’Eglise, en ce sens, est étonnamment lucide. D’ailleurs Vatican II nous montre pourquoi il faut être lucide. Toute chose à découvrir dans Lumen gentium et dans Gaudium et spes.

Voilà donc les considérations qui vous habitent au moment de votre centenaire ?

Ce n’est pas du jour au lendemain que j’ai pris conscience de tout ceci. Mais à travers mon passé et ma propre évolution d’abord au contact de mes parents et de ma famille qui était très chrétienne ; puis grâce à l’éducation reçue tant chez les Pères jésuites de la Providence que – plus tard – au séminaire où je suis entré à 16 ans ; ou encore à la Sorbonne auprès des plus grands maîtres lors d’études de licence ; puis également grâce aux enseignements au Séminaire français de Rome où j’eus la chance d’entrer. Si bien que j’ai vécu très tôt dans les milieux qui portaient ces considérations sur l’évolution du monde et des questions inter-religieuses, alors que nous étions sous les Pontificats de Pie XI puis de Pie XII, toutes

ces questions découlant finalement des Accords du Latran de 1929. J’ai d’ailleurs été émerveillé par l’attitude de Pie XI, prolongée ensuite par les grands Papes.

Vous voulez donc nous dire que le début de votre sacerdoce a été profondément marqué par cette ouverture au monde qui ensuite a fortement évolué ?

Oui, étant remarqué aussi que, très vite, je suis devenu professeur dans l’enseignement catholique et les séminaires ; mais aussi que je me suis trouvé engagé dans l’action catholique ; puis dans le renouveau charismatique ; sans oublier la spiritualité mariale et eucharistique ; et bien sûr dans les paroisses …. Bref, j’ai vite été sur « le terrain », avec – je dois le dire – des passages parfois douloureux. Car je me trouvais dans un Diocèse qui, forcément, n’avait pas connu directement cette ébullition intellectuelle et spirituelle qui m’avait porté dans mes années de jeunesse. Loin de moi de porter un jugement ! Mais le problème est que j’étais, je suis et je demeure un … impatient !

De quelle impatience parlez-vous ? S’agit-il d’une attente normale de quelque chose ou d’une inquiétude particulière qui, par exemple, vous rongerait ?

Parfois, je me dis, en tout cas aujourd’hui, que cette impatience est normale. Ce n’est pas une inquiétude mais un appel à me réajuster spirituellement dans la prière pour être … à l’heure de Dieu. Et non pas à mon heure à moi. C’est pourquoi je me suis agrégé très tôt dans un groupe de spiritualité, comme celui des Prêtres du Coeur-Sacré de Jésus qui m’a apporté de la sérénité. J’ai été aussi très vite attentif à la dévotion mariale, parce que Marie est la femme de l’enfantement dans les délais, enfantement de Jésus et de l’Eglise. Voilà une patience qui me guérit de mes impatiences que je me dois sans cesse de corriger à l’heure de Dieu. Et mon heure n’est pas venue.

Dit d’une autre façon, je rappellerai les deux vocations apparemment opposées que sont celle du prophète, homme debout et qui jette un regard sur l’avenir, et celle du sage, homme assis, plein d’équilibre et de tempérance. Chacun a son tempérament et j’ai le mien. Qu’il faut sans cesse réajuster.

Parlez-nous de votre jubilé sacerdotal : 75 ans de prêtrise, qu’avez-vous à nous en dire ? Quel regard portez-vous sur ce long Service au sein de l’Eglise ?

Premièrement, je ne regrette rien. Deuxièmement, ma foi s’approfondit de jour en jour à des dimensions nouvelles. Moi qui n’ai jamais douté et qui ne sais pas ce que c’est que le doute, je sais par contre ce qu’est la remise en question. Ca oui ! Mais jamais elle n’a ébranlé mes certitudes. Quant au rôle du prêtre, si j’avais à en dire quelque chose, je dirais : d’abord écouter, écouter sans juger. Puis suivre l’autre dans ses méandres et l’aider, le renvoyer à lui-même dans une amitié qui soit en même temps une remise en cause et un déploiement de l‘Esprit saint. Déploiement entre mon interlocuteur et moi-même. Voyez le dialogue avec la Samaritaine ou celui avec les disciples d’Emmaüs …

On oppose parfois le faire et l’être : mais c’est artificiel. Prenez l’exemple de la catéchèse : il y a un parcours à « faire », certes, mais il est aussi important de prier. C’est le rôle capital de la prière et du lien avec Dieu. A la limite, peu importe le programme ! Dieu passe partout ! La catéchèse – puisque nous prenions cet exemple -, n’est pas un mode d’emploi ; elle doit s’accompagner d’une manière d’être, d’être animé par l’Esprit.

Pour autant, cela ne doit pas nous empêcher de proposer ce qui nous semble bon : il faut le faire mais pas s’entêter. Pas s’obnubiler. On revient à ce que je disais tout à l’heure : savoir attendre … »

Propos recueillis par Bernard Féry

 

la paroisse sur le site du diocese

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